Mes grand-mères font partie d'une génération où l'école enseignait aux jeunes filles tout ce que les femmes d'aujourd'hui vont maintenant chercher dans les clubs de loisirs: couture, broderie, dentelle. J'ai hérité de leur carreau et fuseaux.
A gauche le carreau de Serafina, ma grand-mère maternelle, avec les fuseaux  cylindriques espagnols. Mes grand-parents habitaient à quelques heures de route de chez nous, et venaient assez souvent nous voir. Sur ses genoux j'ai presque tout appris: le tricot, avec ses mains posées sur les miennes pour guider les aiguilles, le crochet, la broderie. Ma mère a aussi beaucoup fait de tricot et de crochet, mais pas de dentelle. Serafina m'avait promis de m'apporter son 'mundillo' et de m'apprendre; de visite en visite, je réclamais... Et le carreau a fini par arriver! Elle m'a montré les points de base, et nous sommes rapidement passées au modèle qui était sur le carreau et qu'il ne fallait surtout pas enlever, car c'était un bord de nappe qu'elle avait fait pour sa propre mère avant qu'elle ne décède, et qu'il y avait une multitude de couches de papier entre le carton et le rouleau, qu'il avait fallu percer une à une, pour compenser la différence de circonférence.
Plus tard je me suis permis d'enlever tout ça, elle en a fait une grimace, qui s'est vite estompée quand elle a vu les différents modèles que j'avais faits. L'ancien velours étant tout râpé, c'est elle-même qui a voulu le faire retaper, et a choisi sa couleur préférée pour le nouveau tissu. Les puristes laissent les antiquités en l'état, mais c'était sa volonté.
A droite le carreau de Sylvie, ma grand-mère paternelle, avec les fuseaux Tjevoli. Elle aussi faisait encore beaucoup de tricot et de crochet, mais le carreau avait été relégué dans un placard et je n'ai appris son existence que beaucoup plus tard. Elle m'aurait sûrement appris beaucoup de choses, mais nous étions très éloignés d'elle, nos visites se résumaient à une semaine autour de Noël quand nous venions en France. Lors du partage de ses affaires, ma famille m'a confié son cours de couture à l'école normale d'institutrices.
Je pense que mes grand-mères seraient heureuses de me voir faire fructifier le patrimoine qu'elles m'ont légué.

2007_07_03_01