Tisser, Broder, Sublimer, les robes
Si je suis allée voir l'exposition La Mode du XVIIIe siècle, c'est surtout en annexe de l'exposition que je voulais voir: Tisser, Broder, Sublimer. Les savoir-faire de la mode.
En 1981, Madeleine Delpierre, première directrice du Musée de la Mode et du Costume, présentait au Palais Galliera l'exposition La Mode et ses métiers du XVIIIe siècle à nos jours. Tandis que les expositions précédentes, depuis 1954, privilégiaient les périodes marquantes de l'histoire de la mode, cette manifestation innovait en révélant la diversité des acteurs et actrices de la mode parisienne, en étudiant leurs activités et interactions sous un angle économique, social et artistique. Cette patrimonialisation des savoir-faire s'inscrivait, dès lors, dans l'histoire du musée.
Aujourd'hui, le Palais Galliera, musée de la Mode de Paris, souhaite non seulement faire la démonstration de la richesse et de la diversité de ses collections du XVIIIe siècle à nos jours, mais aussi encourager le public à regarder plus en détails les œuvres, les observer, et s'interroger sur les artisans et les artistes qui ont contribué à leur réalisation, que ce soit à travers le travail de la main ou la maîtrise de la machine.
Face à la multitude des techniques et métiers, l'exposition met en lumière, pour ce premier volet - deux autres suivront - les savoir-faire de l'ornementation : tissage, teinture et impression, broderie, fleurs artificielles et dentelle, tous déclinés autour d'un seul et même thème : la fleur. Il s'agit ainsi de démontrer la variété des techniques, des ennoblissements, les jeux de matières, le traitement de la couleur, des volumes... autant de déclinaisons ingénieuses et créatives du motif floral, omniprésent dans la mode et les arts décoratifs depuis plus de trois siècles.
Christian Dior, Ducharne (textile), Rébé (broderie), robe du soir Nuit fraîche. Haute couture, printemps-été 1954. Cannelé de soie, broderie de fils de soie au passé empiétant, au point de nœud, au point de tige et au plumetis rehaussée de paillettes.
Cette robe illustre la collaboration étroite entre brodeurs et couturiers dans les années 1950. Les broderies à disposition, concentrées sur le buste et le haut de la jupe, créent un équilibre qui allège la silhouette. L'exécution mécanique de la broderie, sur pièces découpées avant montage, permet un gain de temps sans rien ôter au soin apporté au décor floral. Les motifs orientalisants, inspirés des « arbres de vie » des cotonnades indiennes du XVIIIe siècle, dissimulent les coutures et s'adaptent aux pinces, à l'image de la feuille découpée et appliquée, enjambant la couture centrale du buste.
J'ai donc fait des gros plans sur ces fameuses broderies, et bien il y a quand même des raccords qui ne sont pas parfaits.
Nina Ricci par Gérard Pipart, Christian Fischbacher (textile), Andrée Brossin de Méré (broderie attribuée à). Robe et manteau du soir, haute-couture printemps-été 1966. Broderie mécanique de coton type « dentelle de Saint-Gall », taffetas de soie sauvage, tulle de coton, taffetas de polyamide.
Simplicité de coupe et richesse textile définissent le style Nina Ricci à la fin des années 1960, et caractérisent cette robe. Celle-ci présente une dentelle complexe dite « de Saint-Gall », réalisée sur un métier à broder selon une technique mécanique développée au XIXe siècle, en Suisse. Malgré son appellation, il s'agit d'une broderie dont les grands motifs floraux ajourés et en relief lui donnent l'aspect d'une dentelle. Dans les années 1960, cette technique adopte motifs stylisés et couleurs acidulées.
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