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Dentelles de Sophie
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1 octobre 2024

Les couleurs du destin

Les couleurs du destin, de Mireille Pluchard.

Juin 1813. Fuyant le mépris, une jeune fille chemine seule sur les routes, sous une autre identité...
Non loin de ce Rhône qui la fascine, c'est dans une Provence pleine de couleurs que Sixtine trouve refuge. Un riche manufacturier en indiennes, subjugué par son regard d'azur, conquis par son don pour le dessin, fait bientôt d'elle son épouse. Malgré leur différence d'âge, et le passé de la jeune fille...
Des années plus trad, devenue une femme respectée, à la tête des ateliers de la manufacture de son mari, Sixtine décide de revenir dans ses Cévennes natales. Afin de prendre sa revanche sur les riches propriétaire du Souleiadou, elle qui, naïve, s'était imaginée au bras de leur fils héritier?
Afin de faire aussi toute la lumière sur les ombres de son enfance malaimée?
Dans un Sud plein de contrastes, un grand destin romanesque.

Les couleurs du destin

Dans les Cévennes, point d'histoire de soie cette fois, Sixtine travaille dans les cébières, les parcelles de plantation d'oignon doux à flanc de montagne. Mais chez les indienneurs, une bonne description de tous les métiers de l'impression à la planche, avec les dessinateurs, les spécialistes des pigments, les coloristes, etc...
Je voudrais juste retranscrire un passage:
Le regard de Camille (nouveau nom de Sixtine) s'attarda sur un coussin ou ce qui lui semblait tel, posé sur un tabouret, tout près du voltaire. Piqué d'une multitude d'épingles à tête, des sortes de bâtonnets de bois, effilés, torsadés, polis, pendouillent au bout de fils écrus, il intriguait la jeune femme qui ne savait lui attribuer une quelconque fonction. Devinant sa curiosité, sa belle-mère l'interpella :
— Mon carreau a l'air de vous intéresser plus que notre conversation, ma chère ?
— Un carreau ? Quel carreau ? bredouilla Camille, lorgnant vers les fenêtres.
Alizarine leva au ciel des yeux désespérés. décidément, sa bru était indécrottable. Quelle ignorante ! Était-ce bien utile de s'abaisser à la renseigner... encore que ce fût une nouvelle occasion de la remettre à sa place.
— Ce coussin qui vous intrigue s'appelle un carreau et sert à faire de la dentelle. C'est la première fois que vous en voyez un ?
— La première en effet. Et ces bâtons de bois...
— Des bâtons, la sotte ! Ce sont des fuseaux qui servent à entrecroiser les brins de fils selon un dessin bien défini, à les fixer sur le carreau à l'aide d'épingles. Apportez-le, je vais vous faire une démonstration.
Camille s'exécuta et Alizarine, posant le carreau sur ses genoux, manœuvra ses fuseaux et s'efforçat à retrouver la dextérité de sa jeunesse pour épater sa bru. Pour ignorante qu'elle soit dans la dentelle aux fuseaux, Camille eut tôt fait de distinguer le modèle épinglé dont sa belle-mère comblait habilement les contours.
— Ne dirait-on pas un bavoir qui naît devant mes yeux ? osa-t-elle demander au risque d'être vertement rabrouée.
Il n'en fut rien.  Alizatine prisa sa finesse de jugement car, il faut bien l'avouer, ce n'était pas évident pour une non-initiée, ce qui, apparemment, était le cas de Camille.

Et la suite de l'histoire ne parle plus jamais de dentelle.

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9 décembre 2025

Congrès à Karlovo: exposition de costumes bulgares

Après cette invitation à la promenade dans mon village, retournons en Bulgarie, cette fois à Karlovo où se passait le congrès. Dans un couloir, une exposition de costumes bulgares. Ils étaient sur des portants, on ne pouvait pas très bien les voir, c'est dommage. Ils auraient mérité d'être mis plus en valeur.

Congrès à Karlovo: exposition de costumes bulgares
Congrès à Karlovo: exposition de costumes bulgares

Cela ne m'a pas empêchée de regarder de plus près quelques dentelles qui les composent.

Congrès à Karlovo: exposition de costumes bulgares

Quant aux costumes eux-mêmes, on aura l'occasion d'en voir dans de bien meilleures conditions plus tard.

2 décembre 2025

Le secret de Belle Épine

Le secret de Belle Épine, de Françoise Bourdon.

En Ardèche, à la fin du XIXe siècle. Depuis son imposante demeure de Belle Épine, sur les hauteurs de Privas, Honoré Meyran a su faire fructifier la fortune familiale bâtie sur le travail de la soie. Déçu par son aîné, Antonin, un rêveur qui s'intéresse surtout à la magnifique châtaigneraie du domaine, il reporte tous ses espoirs sur son cadet, l'ambitieux Gabriel, pour lui succéder.
Un monde sépare Belle Épine des ateliers insalubres de la filature Meyran. Placée là comme ouvrière par son père pour l'appoint qu'apporte son maigre salaire, Colombe ne voir pas d'échappatoire à son avenir misérable quand son destin croise celui de Gabriel Meyran.
Pour la petite ardéchoise, bafouée, déshonorée, cette rencontre marque le début d'un long chemin parsemé d'épreuves vers la reconquête de sa dignité. Pour l'héritier désigné, elle est la première marche d'une descente aux enfers qui conduira la dynastie à la ruine et à l'infamie...

Le secret de Belle Épine

Au début j'ai vraiment eu une impression de déjà lu, finalement je ne crois pas, en tous cas je n'en ai pas retrouvé de trace ici. Le travail de la soie est à peine mentionné. Gabriel, le fils préféré en somme, croit avoir un droit de cuissage sur les jeunes employées de la filature. Colombe en fait partie. Elle trouve refuge à Aubenas, chez une tante couturière, mais après avoir abandonné le fruit de son viol par le fils du patron. Retrouvera-t-elle ce fils perdu ?

L'arrivée des visiteurs accentue le trouble d'Antonin. Laura, radieuse dans une robe de velours grenat, ornée de dentelle de Calais au col et aux poignets, l'impressionnait.

C'est dommage d'avoir habillé Laura de dentelle de Calais, donc mécanique, alors que l'histoire se passe en Ardèche, si proche de centres dentelliers qu'il y en avait aussi sûrement.

5 novembre 2024

Le chevalier d'Aliénor

Le chevalier d'Aliénor, Guillaume le Maréchal, d'Elizabeth Chadwick.

1167, duché de Normandie. Jeune chevalier désargenté et sans perspective de gloire, Guillaume le Maréchal sort de l'anonymat en sauvant la reine Aliénor d'Aquitaine des mains de ses assaillants. En récompense, elle le charge de l'éducation guerrière et de la protection de son fils Henri, l'héritier du trône d'Angleterre occupé par son père, Henri II Plantagenêt. Mais la position de favori de la famille royale ne vaut pas à Guillaume que renom et gratifications, et il ne tardera pas à faire les frais de la jalousie et de la rivalité des autres chevaliers. Certains courtisants n'hésiteront pas à comploter dans l'espoir de causer sa perte alors qu'il est promis à la plus belle femme du royaume...

Le chevalier d'Aliénor

Après avoir lu, de la même auteure, les trois tomes consacrés à la vie d'Aliénor d'Aquitaine, j'ai eu envie de me plonger dans celle de son fidèle chevalier Guillaume. Je ne pensais pas en faire un article, puisque je me contente de relater mes lectures ayant un lien avec le textile, sauf ce passage qui m'a beaucoup plu, beaucoup se reconnaîtront.

Peu après, Guillaume se tenait sur le quai, s'émerveillant du talent qu'avait Fitz-Reinier pour persuader des gens, par ailleurs sains d'esprit et raisonnables, de se départir de leur argent à son profit. Il était désormais l'heureux possesseur de coupons de soie jaune et verte, dont il n'avait d'ailleurs pas réellement besoin, mais aussi de plusieurs aunes de laine rouge pour une tunique.

On peut se dire que l'achat compulsif de tissus n'est ni nouveau ni féminin, ou alors que c'est une femme contemporaine qui veut le croire.

1 novembre 2025

Histoire du voile

Histoire du voile, de Maria Giuseppina Muzzarelli

Évoquer aujourd'hui une femme voilée, c'est immédiatement penser au hijab ou à tout autre vêtement couvrant la tête et le corps des femmes dans le monde islamique. Beaucoup les portent dans les pays occidentaux, non sans polémique. Pourtant c'est bien dans l'histoire de l'Occident qu'il faut chercher la prescription faite aux femmes de se couvrir. Partons donc à la découverte d'une coutume millénaire, attestée par la Bible et la statuaire grecque, par les Pères de l'Église, les lois du Moyen-Âge, et d'innombrables témoignages artistiques et littéraires.
Le voile était une prérogative des femmes mariées, endeuillées, ou même des religieuses. Signe de pudeur et de modestie, aussi léger dans sa texture que lourd de symboles, le voile était cependant un accessoire qui suivait ou faisait la mode, un élément fondamental du luxe et de l'élégance - comme peut l'être encore aujourd'hui le foulard portant la griffe de grands couturiers.

Histoire du voile

Pas de polémique ici sur un sujet très polémique dans le débat public. C'est - encore  - un livre d'histoire, surtout centré sur l'Italie. L'auteur a étudié les images, tableaux et gravures, les récits et aussi les textes de lois des différentes parties qui forment l'Italie d'aujourd'hui. Les textes du Moyen-Âge réglementent la façon de se vêtir de presque tout le monde: suivant le métier, le statut social, marital, le genre, un total contrôle de la population. Appréciation personnelle : qui a foiré entre-temps mais qui est en train de revenir sous d'autres formes.

De la fin du XIIIème siècle au milieu du XVème, on a donc évolué : le cardinal Latino essaie de rendre le port du voile obligatoire, les résistances sont nombreuses et on finit par conclure à une totale inefficacité de la mesure. (...) Évidemment, beaucoup de femmes interprétaient librement le fait de se couvrir la tête, rendant ainsi caduque l'incitation à la modestie : elles recouraient à des voiles que l'iconographie atteste comme toujours plus évanescents, élégants et raffinés. (...)
Au XVème siècle, il n'y avait donc que la coiffe, souvent en soie ou en dentelle trois fils, qui soit autorisée sans réserve.

Avec cette dernière phrase on sent bien qu'on est en Italie, déjà je pense qu'il s'agit de dentelle dite Flandre à trois paires (et non pas trois fils), je ne sais pas s'il s'agit d'un problème de traduction. Ensuite une pièce maîtresse de dentelle servant à couvrir la tête n'est jamais évoquée dans le livre: la mantille espagnole. Ce port de voile généralisé, plus par habitude culturelle que par obligation, a contribué à la naissance de la mode, et au développement d'activités textiles.

À partir du XIIème siècle, certaines villes comprirent le potentiel économique des manufactures textiles, et s'efforcèrent d'attirer les ouvriers spécialisés qui travaillaient ailleurs. (...) C'est à la suite de telles initiatives, qui firent la fortune de certains centres urbains et entraînèrent le déclin des autres, qu'apparurent les production que les femmes se plaisaient à porter et que les hommes achetaient pour souligner leurs privilèges sociaux et familiaux. Le voile fut l'un de ces produits.

Fabricantes et commerçantes de voiles est le chapitre le plus intéressant. Il décrit toute une économie créée, gérée, menée par des femmes alors que les textes de loi l'interdisaient. Et enfin, je suis entièrement d'accord avec la conclusion du livre, mais je vous laisse la découvrir vous-même

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28 août 2025

Les routes de la soie

Les routes de la soie, de Peter Frankopan.

Avec cette somme magistrale, Peter Frankopan renverse le récit traditionnel de l'histoire mondiale, qui gravite autour de la Grèce antique, de Rome et de l'irrésistible ascension de l'Occident - une approche réductrice, qui méritait une relecture approfondie.
Élargissant la perspective, Frankopan se tourne vers « une région située à mi-chemin entre Orient et Occident, qui va des rives orientales de la méditerranée jusqu'à la mer Noire et à l'Himalaya ». C'est là, au carrefour des civilisations, qu'il situe le centre névralgique du globe. Et c'est les yeux rivés sur ce « cœur du monde » que, des campagnes d'Alexandre le Grand aux luttes géopolitiques du XXIème siècle, il retrace avec brio 2500 ans d'histoire.
Salué par la presse internationale comme « le plus important livre d'histoire publié depuis des décennies », Les Routes de la soie est un voyage grisant à travers les siècles, qui décentre avec audace le regard du lecteur pour éclairer d'une lumière nouvelle notre compréhension du monde.

Les routes de la soie

En premier lieu, c'est un pavé de 763 pages avec à la fin 140 pages de notes, essentiellement des références bibliographiques, et 28 pages d'index. Et comme le résumé ci-dessus le dit, c'est un livre d'histoire. De plus, ce qu'on appelle les routes de la soie sont en fait les routes commerciales qui traversaient le monde connu, et les marchandises transportées n'étaient pas que la soie, mais il contient quand même des informations textiles intéressantes.

À propos des marchandises rares et de grande valeur : La première était la soie. Elle jouait plusieurs fonctions importantes dans le monde antique, outre sa valeur pour les tribus nomades. Sous la dynastie des Han, on s'en servait, parallèlement au numéraire et aux céréales, pour payer les soldats. C'était en un sens la monnaie d'échange la plus fiable : on n'arrivait pas à battre suffisamment de numéraire qui, d'ailleurs, ne se diffusait pas dans toute la Chine (...). Du coup, les balles de soie grège servaient régulièrement de monnaie d'échange (...). La soie devint une monnaie internationale aussi bien qu'un produit de luxe.
Où on apprend aussi qu'il y a 2000 ans, les visiteurs entrant en Chine étaient fichés : origine, itinéraire fixe, laisser-passer, comptage, dépenses, fonction, destination... On comprend mieux qu'ils en soient arrivés aujourd'hui au contrôle total avec leur crédit social.

Au Xème siècle, la ville d'Antioche était un centre commercial majeur ainsi que grand centre de production textile. Et toujours au XXIème siècle : La demande de soie, de coton, de lin et de tissus fabriqués en Méditerranée orientale, en Asie centrale ou en Chine était énorme, comme l'illustrent les inventaires, les listes de ventes et les trésors d'églises en Europe occidentale. Les cités du Levant capitalisaient sur les marchés émergeants - Antioche était un centre commercial majeur où les produits pouvaient s'expédier à l'Ouest, mais c'était aussi un centre de production à part entière. Les draps de la ville, comme la « toile d'Antioche », se vendaient si bien, étaient si recherchés que le roi Henri III d'Angleterre (sur le trône de 1216 à 1272) fit tendre des « salles d'Antioche » dans chacune de ses résidences: le Tour de Londres, les palais Clarendon et Winchester, ainsi que Westminster.

Au XIIème siècle, les Mongols conquièrent de grands territoires et arrivent jusqu'à Bagdad : Ces conquêtes rapportèrent d'immenses richesses et butins. S'il faut en croire le récit d'alliés des Mongols au Caucase, les vainqueurs « ployaient sous le poids de l'or, de l'argent, des pierres précieuses et des perles, les tissus et ornements précieux, la vaisselle et les vases d'or et d'argent, car ils ne prenaient que cela (...) ». La confiscation des tissus était particulièrement importante : comme chez les Xiongnu à leur apogée, la soie et les matières de luxe jouaient un rôle capital pour distinguer les élites au sein du système tribal - elles étaient donc hautement appréciées. « Les draps de soie, d'or et de coton » étaient réclamés en quantités et qualités si précises que le spécialiste de ce domaine a parlé d'une sorte de liste de courses détaillée - une liste tout à la fois « exigeante et remarquablement informée ».

Mais, fait qui ne nous est pas enseigné, pire, qui est passé sous silence, les Mongols ont aussi apporté une stabilité qui a favorisé le commerce. Les routes d'Asie étaient sûres, des taxes appliquées aux marchandises qui traversaient la mer Noire aussi bien qu'à celles qui allaient de l'autre côté de l'Asie. Cette démarche fut couronnée de succès dans un secteur en particulier, l'exportation de tissus, dont la production fut décuplée aux XIIIème et XIVème siècles. On renforça délibérément les industries textiles à Nichapur, Hérat et Bagdad tandis que la seule ville de Tabriz, par exemple, quadruplait de taille en à peine plus d'un siècle pour accueillir les négociants aussi bien que les artisans, remarquablement traités à la suite des conquêtes mongoles. Bien que la demande de beaux draps et tissus fût quasi insatiable dans les marchés de l'Est, on en exporta de plus en plus vers l'Europe à partir de la fin du XIIIème siècle.

Puis sont arrivées les épidémies de peste qui ont décimé la population et créé une crise économique par manque de main d'œuvre, suivie d'une augmentation des salaires, un affaiblissement des propriétaires terriens bailleurs à cause d'une baisse des loyers. Des résultats remarquables s'ensuivirent. La richesse une fois plus également distribuée dans la société, la demande de produits de luxe - importés ou pas - augmenta puisqu'un plus grand nombre de consommateurs pouvaient acheter des articles naguère inabordables. (...) D'emblée moins disposée à épargner du fait de son expérience de la mort, la génération arrivant sur le marché, mieux payée que celle de ses parents et dotée de meilleures perspectives, consacra ses fonds à ce qui l'intéressait - en particulier la mode vestimentaire. Du coup, l'investissement et le développement rapide d'une industrie textile européenne en furent stimulés : elle se mit à produire de tels volumes de tissus qu'ils eurent un impact majeur sur le commerce d'Alexandrie dont les exportations s'effondrèrent. L'Europe commença même d'exporter dans la direction opposée, inonda le marché moyen-oriental où elle provoqua une pénible contraction, qui contrastait bien sûr avec le dynamisme de l'économie occidentale.

Il y a aussi des passages intéressants sur les zones d'influence en Asie, les alliances entre états pour luter contre la mainmise d'autres états sur les richesses de la zone, et qui ont eu des répercussions sur le déclenchement des deux guerres mondiales, un éclairage très intéressant.

Enfin de nos jours l'Asie centrale se développe à grande vitesse: Les maisons de mode occidentales, dont Prada, Burberry's et Louis Vuitton, ouvrent d'énormes magasins et font des chiffres de vente astronomiques tout autour du Golfe, en Russie, Chine et Extrême-Orient (de sorte que, non sans une délicieuse ironie, les beaux tissus et soieries sont revendus là où ils sont d'abord apparus). Le vêtement a toujours été un marqueur social, depuis les chefs Xiongnu d'il y a 2 000 ans jusqu'aux hommes et aux femmes de la Renaissance il y a cinq siècles.

11 juillet 2025

Le fil des souvenirs

Le fil des souvenirs, de Victoria Hislop.

Thessalonique, 1917. Le jour de la naissance de Dimitris Komninos, un terrible incendie ravage la ville et tous les biens de la famille. Sans cette catastrophe qui les force à s'exiler, son chemin n'aurait pas croisé celui de la petite Katerina, débarquée rue Irini après avoir été arrachée à sa mère en fuyant Smyrne...
Dès lors, les destins de la couturière prodige et de l'héritier d'un empire textile vont être liés à jamais, tandis que les guerres, les révolutions et la haine déchirent la cité, où chrétiens, juifs et musulmans vivaient jusque là en harmonie.
Un siècle plus tard, de quels trésors Katerina et Dimitris sont-ils les gardiens? Comment transmettre leurs secrets avant qu'il ne soit trop tard? Après avoir traversé les pires tragédies, le temps est venu de dérouler le fil des souvenirs...

Le fil des souvenirs

Ce roman apprend beaucoup de l'histoire récente de la Grèce. L'histoire commence en 1917, juste avant l'incendie de Thessalonique. Quelques années après, la guerre entre la Grèce et la Turquie aboutit sur un vaste transfert de population, les musulmans établis en Grèce partent en Turquie et les chrétiens de Turquie les remplacent. Puis pendant la Seconde guerre mondiale, les juifs de Grèce sont envoyés dans les camps de la mort en Pologne.
Sur ce fond historique, Dimitris est le fils d'un riche marchand de tissus, pour qui seule son entreprise compte: lainages, soies, velours, tissus de luxe sont son univers. Katerina arrive à Thessalonique avec une autre maman que la sienne, tisserande. Elle est très douée pour la broderie et la couture et va faire son chemin dans cette nouvelle vie et nouvelle ville.

19 mai 2025

Les cloches jumelles

Les cloches jumelles, de Lars Mytting

Dans un village situé au fin fond d'une vallée montagnarde norvégienne, la femme du propriétaire de la grande ferme Hekne est morte en couches après avoir donné naissance à des sœurs siamoises. Les filles, soudées par la hanche, mais joyeuses et vives d'esprit, ont peu à peu manifesté un talent hors norme, celui de tisser à quatre mains des œuvres somptueuses et d'autant plus appréciées que, dit-on, les images et les situations qu'elles ont mises en scène se sont avérées prémonitoires. À leur mort prématurée, leur père a fait fondre tout le métal d'argent de la ferme pour fabriquer deux cloches dont il a fait don à la magnifique église en bois debout du village. Depuis lors, leur chant mélancolique et singulier résonne dans la vallée pour annoncer le début de la messe ou, parfois, un danger imminent.
Plusieurs siècles se sont écoulés lorsque se présentent au village deux jeunes hommes : un nouveau prêtre, bien décidé à laisser une empreinte de modernité sur son passage, et un chercheur allemand en architecture venu étudier le joyau de la vallée que constitue l'église en bois debout. Les deux cloches sont menacées, tout comme le cœur d'Astrid, la descendante de la famille Hekne, qui va devoir faire un choix entre les deux prétendants et lutter pour préserver l'héritage familial...
Dans un sublime décor de glace, Lars Mytting parvient à sont tour à tisser et croiser les fils délicats d'un conte nordique tout en finesse et d'un roman d'aventures qui s'étend sur plusieurs générations, où l'on suit la trajectoire du personnage principal, ô combien romanesque : cette église en bois debout avec ses cloches jumelles, au centre de toutes les convoitises.

Les cloches jumelles

Les jumelles siamoises ont donc tissé une tapisserie, qui a aussi été confiée à la paroisse (comme les cloches), mais dont on ne sait pas grand-chose : ni ce qu'elle représente exactement, appelé la nuit du Rascle et sensé représenter l'apocalypse, ni même où elle se trouve quelques siècles plus tard. On en saura peut-être un peu plus dans le livre qui constitue la suite de celui-là ? Indépendamment de la (toute petite et au début) partie textile, le reste de l'histoire est palpitant.

9 mars 2025

Jean fil à fil

Jean fil à fil, de Roger Mello.

Jean fil à fil, c'est tout un monde dans un couvre-lit en dentelle aux fuseaux. Tour à tour montagne, vallée, ou mer profonde, on y pêche, on y grimpe, on y dort... Jean est géant dans un monde en miniature ou tout petit dans un océan en rouge et noir. Un poisson y creuse un trou dans lequel tout et tous s'engouffrent ! Jean qui demande qui a défait son couvre-lit le recompose avec des mots et un point d'interrogation qui lui sert d'aiguille... Et c'est une berceuse qui apparaît !

Jean fil à fil

Pour une fois, ce n'est pas une lecture que je conseille directement à mes lectrices. C'est un album-comptine destiné aux enfants à partir de trois ans. Le graphisme m'a beaucoup plu, la couverture en dentelle est belle et évolue de page en page. Si vous avez des enfants ou petits enfants, vous vous régalerez à leur lire.

5 février 2025

Marguerite

Marguerite, de Suzanne Gachenot.

1905. Dans un quartier modeste de Paris, Marguerite s'affaire quotidiennement entre tâches ménagères ingrates et travaux de couture dans l'atelier de Madame Lambert. Un jour ses doigts de fée lui valent d'être repérée par la propriétaire d'une luxueuse maison de mode, Joséphine, qui l'embauche. Une occasion en or qui permet à la jeune fille de s'émanciper d'une famille qui l'a toujours méprisée. De fil en aiguille, la talentueuse Marguerite va trouver sa place dans ce tout nouvel univers, et bientôt croiser la route de l'amour et de ses tourments.

Marguerite

Pour commencer, quel dommage d'avoir mis une dentelle mécanique sur la couverture ! L'histoire est bien documentée sur le milieu de la mode (au sens fabrication de chapeaux) et de la couture de l'époque. La hiérarchie dans l'atelier, les jalousies, les coups bas... Et un peu de technique aussi. Et en plus l'histoire est prenante, un livre qu'on n'a pas envie de fermer même s'il est l'heure de dormir.

1 août 2026

Kyustendil: le musée historique - 1 -

Partons à Kyustendil. Et là, en regardant les photos et le programme qui nous avait été donné, je m'aperçois que je vous ai déjà emmenés à Kyustendil en croyant que nous étions à Doupnitsa.  Donc, arrêt pendant plusieurs mois, difficile de se remettre dans les photos, le programme, les prospectus, mais c'est reparti.

Kyustendil: le musée historique - 1 -

Nous commençons par le Musée Régional d'Histoire. Il abrite une section archéologie et une section numismatique dont je vous fais grâce, passons aux choses sérieuses dentelles.

Kyustendil: le musée historique - 1 -
Kyustendil: le musée historique - 1 -
Kyustendil: le musée historique - 1 -
Kyustendil: le musée historique - 1 -
4 août 2026

Le petit bâtard

Le petit bâtard, de Mireille Pluchard.

Clarisse Chardenon, véritable petite mère pour toute sa famille, est envoyée faire la saison des vers à soie. Malgré les mises en garde de son père contre « ces gens », elle se plait au domaine Blanchon-Troupet. Elle rencontre Jean,le benjamin de la maison. Une idylle naît le temps d'une saison.
Clarisse rentre chez elle mais n'est plus tout à fait la même. La nuit de la Saint-Jean, elle est devenue une femme dans les bras de son amoureux. Elle cache son secret à sa famille, mais bientôt elle a confirmation de ses craintes : elle est enceinte...
Le père Chardenon, furieux, décide d'abandonner l'enfant à l'orphelinat, la seule place selon lui pour un bâtard. C'est sans compter sur l'immense amour de la mère pour son enfant...

Le petit bâtard

L'histoire commence en 1826. Clarisse est envoyée du côté d'Alès pour la saison des vers à soie, mais elle va travailler aux cuisines. Donc le roman ne va pas du tout parler du travail de la soie, pour une fois. Mais nous allons y découvrir le filage : Clarisse et sa mère filent au rouet, il faut dire qu'elles habitent en Lozère. Clarisse va trouver un emploi à la filature Boyer de Langogne, aujourd'hui filature des Calquières. Elle est amie avec Méline, dentellière.

Chantilly, malines ou valenciennes, le fil sautait, tournait, bouclait, aérien et fantasque mais toujours académique et... miraculeux.

C'est histoire de citer quelques noms de dentelles, parce que dans le centre de la France on ne faisait aucune de ces trois-là.
Sur un fond d'histoire banale de jeune fille abusée par le fils du patron, c'est un roman plein de suspens, avec beaucoup de descriptions des machines de la manufacture et les différentes étapes du travail de la laine.

9 août 2026

Sofia, Musée Historique National - 3 -

Au Musée Historique National, il y avait une exposition temporaire de dessins, représentant l'évolution des vêtements de l'antiquité à nos jours: "Histoire de la mode et du costume", de Vera Macheva. Chaque photo se lit de droite à gauche (désolée pour les reflets).

Vera Macheva est née le 23 septembre 1921. Sa mère, Ginka Macheva, est actrice, et son père, Strashimir Machev, est artiste de théâtre. Il est son premier professeur. Très naturellement, Vera Macheva hérite de l'amour pour la magie du théâtre.
Sa carrière artistique a débuté lorsqu'elle était étudiante à l'Académie des Beaux-Arts de Vienne, auprès du professeur de renommée mondiale Emil Pirhan. Durant des années, elle a créé de nombreux décors et costumes de théâtre.
Son travail de décoratrice lui vaut de nombreuses récompenses, et ses créations sont conservées au musée Shakespeare en Angleterre. Le nom de Vera Macheva figure dans l'encyclopédie Humboldt comme spécialiste du costume.
L'exposition présentée, « Histoire du costume et de la mode », est unique dans ce domaine.
Vera Macheva a mis 20 ans pour créer cette collection. Elle englobe une grande variété de costumes, de l'Antiquité aux années 1970. Chacune des miniatures est une magnifique illustration aux détails et accessoires finement travaillés, qui mettent en valeur l'essentiel et le plus caractéristique de chaque époque.
« L’histoire du costume et de la mode » intéresse les spécialistes, les artistes et les théâtres. C'est une œuvre remarquable qui procure non seulement plaisir et délice esthétique, mais aussi une connaissance de l'histoire de la mode à travers les siècles. Elle a été présentée dans de nombreuses villes de Bulgarie, ainsi qu'à Vienne, Berlin, Prague et ailleurs.

Sofia, Musée Historique National - 3 -
Sofia, Musée Historique National - 3 -
Sofia, Musée Historique National - 3 -
Sofia, Musée Historique National - 3 -
Sofia, Musée Historique National - 3 -
Sofia, Musée Historique National - 3 -
Sofia, Musée Historique National - 3 -
Sofia, Musée Historique National - 3 -
Sofia, Musée Historique National - 3 -
Sofia, Musée Historique National - 3 -
21 août 2026

Sages femmes

Sages femmes, de Marie Richeux

Hantée par des rêves de chevaux fous aux prénoms familiers, poursuivie par la question que sa fille pose à tout propos - « Elle est où, la maman ? » -, Marie vit un étrange été, à la croisée des chemins. Quand, sur le socle d'une statue de la Vierge au milieu du causse, elle découvre l'inscription Et à l'heure de notre ultime naissance, elle décide d'en explorer la mystérieuse invitation.
Dès lors, elle tente de démêler l'écheveau de son héritage. En savoir plus sur ses aïeules qui, depuis le mitant du XIXe siècle, ont donné naissance à des petites filles sans être mariées, et ont subsisté souvent grâce à des travaux d'aiguille, devient pour elle une impérieuse nécessité.
Elle interroge ses tantes et sa mère, qui en disent peu ; elle fouille les archives, les tableaux, les textes religieux et adresse, au fil de son enquête, quantité de questions à un réseau de femmes, historiennes, juristes, artistes, que l'on voit se constituer sous nos yeux. Bien au-delà du cercle intime, sa recherche met à jour de puissantes destinées. À partir des vies minuscules de ses ascendantes et s'attachant aux plus émouvants des détails, Marie imagine et raconte ce qu'ont dû traverser ces « filles-mères », ces « ventres maudits » que la société a malmenés, conspués et mis à l'écart.
À fréquenter tisserandes et couturières, à admirer les trésors humbles de leurs productions, leur courage et leur volonté de vivre, la narratrice découvre qu'il lui suffit de croiser fil de trame et fil de chaîne pour rester ce cheval fou dont elle rêve et être mère à son tour.
Car le motif têtu de ce troublant roman, écrit comme un pudique hommage à une longue et belle généalogie de féminine, est bien celui de la liberté, conquise en héritage, de choisir comment tisser la toile de sa propre destinée.

Sages femmes

Cette longue quatrième de couverture est pleine d'expression textiles, au sens figuré, mais à part les métiers des ancêtres de la narratrice, il n'y a pas grand-chose à se mettre sous la dent. La seule référence: la mention de toiles brodées trouvées à l'Hôtel-Dieu de Reims, qui ont fait l'objet d'un rapport auprès de l'Académie de Reims, avec quelques dessins. On peut voir la photo d'une toile ici, et une autre là. Malgré mes recherches, je n'ai rien trouvé de plus sur ces toiles, je ne sais pas si elles sont exposées ni où.

8 janvier 2025

Ailleurs, plus loin

Ailleurs, plus loin d'Amy Bloom

1924. Fuyant la Russie après le massacre de sa famille lors d'un pogrom, Lilian Leyb, vingt-deux ans, débarque à New York.
Elle loue un demi-matelas dans un appartement surpeuplé et pouilleux du Lower East Side, souffle un travail de couturière dans un théâtre yiddish à une file de candidates et, brûlant d'apprendre l'anglais, se récite des litanies de synonymes  (petit ami: soupirant, jules, roméo), tirés du thésaurus offert par son ami Yaakov, tailleur, acteur dramaturge - et Pygmalion.
Mais le jour où Lilian découvre que sa fille, Sophie, serait encore en vie quelque part en Sibérie, elle n'a plus qu'une obsession: la retrouver. Elle part, une carte de l'Ouest américain cousue dans son manteau, pour un périple qui commence dans un réduit du train express de Chicago. Et le conte traditionnel de l'immigrant va se métamorphoser en aventure d'exil, des bas-fonds du Jazz District de Seattle jusqu'au sauvage Alaska et au Yukon des trappeurs...

Ailleurs, plus loin

Le début retrace un peu le passé de Lilian, en flash-back de sa vie new yorkaise. Le milieu de la couture est évoqué mais pas approfondi, elle fait partie de la face cachée du théâtre, encore moins visible que les coulisses. Puis elle part, et ce qui est étonnant c'est qu'elle est arrivée aux Etats-Unis en traversant l'Atlantique, puisqu'elle est arrivée à Ellis Island, mais décide d'aller chercher sa fille en traversant le continent américain de part en part, dans l'idée de traverser le détroit de Béring. Trouvera-t-elle sa fille?

14 juin 2025

Et le ciel sera bleu

Et le ciel sera bleu, de Tamara McKinley.

1939. Sally Turner, 16 ans, s'occupe seule de son petit frère atteint de polio. Leur mère, l'inconséquente Florrie, les a abandonnés dès que la guerre a éclaté, tandis que leur père a été appelé sous les drapeaux.
Tous deux trouvent refuge à Cliffehaven, sur la côte sud de l'Angleterre, où ils sont accueillis par Peggy Reilly, la propriétaire de la pension du Bord de Mer.
La jeune fille fait bientôt la rencontre de John Hicks, un séduisant pompier. Mais l'arrivée de Florrie à Cliffehaven menace de chambouler leurs vies...
Un raz de marée au Royaume-Uni : depuis 2011, cette saga captive les Britanniques. En pleine seconde guerre mondiale, elle met en scène des personnages gravitant autour du couple pittoresque qui dirige la pension du Bord de Mer. Demain le cien sera bleu en est le premier épisode.

Et le ciel sera bleu

À Londres, Sally travaille dans une usine de confection textile. Elle arrive à Clifhangen pour travailler dans une autre usine textile, appartenant à la famille de son patron londonien (avec une lettre de recommandation de son ex-patron), et qui avec la guerre s'est spécialisée dans la confection d'uniformes militaires. Les coupeurs, les couturières, le chef d'atelier, les horaires de nuit, le chef d'atelier, toute une ambiance. En plus de son emploi, Sally fait aussi des travaux de couture pour une petite clientèle personnelle, que ce soit ses collègues ou la famille de sa logeuse.
Ce livre est le premier d'une saga. Si je ne parle pas des suivants c'est que la thématique textile n'y est pas présente.

5 juin 2025

L'étoffe du temps

L'étoffe du temps, de Lars Mytting

Attention, ce livre est la suite des Cloches jumelles, et donc le résumé dévoile la fin du précédent, à ne pas lire si vous voulez conserver le mystère.

Norvège, 1881. Le pasteur Kai Schweigaard revient à Butangen après avoir enterré Astrid Hekne, qu'il aimait en secret, et ramené avec lui Jehans, l'un des jumeaux de la défunte. Éploré, il demeure hanté par une trahison qui a conduit au drame, au démantèlement de l'église en bois debout du village et à la séparation des deux fameuses cloches qui le surplombaient. Afin d'absoudre ses péchés, Kai se donne pour mission de les réunir à nouveau. Pour ce faire, il doit retrouver la tapisserie réalisée par les sœurs siamoises, les célèbres tisseuses Hekne. Cette œuvre, issue d'un mythe ou de la réalité, semble être la clé de plusieurs énigmes.
Devenu adulte, Jehans passe son temps libre à chasser. C'est là, seul dans la montagne, avec un renne dans le viseur, qu'il se sent à sa place. Un jour, alors qu'il se confronte à la bête la plus majestueuse qu'il ait jamais vue, un jeune et riche Anglais sort des bois. Cette rencontre va bouleverser son existence et illuminer son passé mystérieux...
Au cœur des paysages montagneux de la Norvège où les personnages vont vivre d'incroyables aventures, Lars Mytting nous entraîne dans une course effrénée vers la vérité, sur fond de tragédies collectives autour de la Première Guerre Mondiale et de la grippe espagnole, de découvertes historiques avec les prémices de l'électricité, et de révolutions intimes.

L'étoffe du temps

La fameuse tapisserie réalisée par les sœurs siamoises est beaucoup plus mentionnée que dans le tome précédent. Le pasteur va-t-il la retrouver ? Je vous laisse le mystère. Pour la chercher, il ouvre un cercueil anormalement large (celui des sœurs siamoises ?) dans lequel il trouve deux coussins, dont le devant a été réalisé en tapisserie, certainement par les sœurs Henke. Une discussion du pasteur avec une spécialiste nous en apprend beaucoup sur les motifs à carreaux, l'origine des tartans, et leur histoire entre la Norvège et l'Écosse, au gré des mouvements de population. Une partie de l'histoire textile très intéressante.

11 mai 2025

Aubusson tisse Tolkien

Le point de départ de l'exposition est un ensemble d'aquarelles et de dessins originaux de Tolkien, conservés à la Bodleian Library d'Oxford et dont la plupart ne mesurent qu'une vingtaine de centimètres de côté.
Beleg trouve Flinding à Taur-nu-Fuin. 1928, J.R.R. Tolkien pour Le Silmarillion. 

Aubusson tisse Tolkien
Aubusson tisse Tolkien

Rivendell. 1937, J.R.R. Tolkien pour Le Hobbit.

Aubusson tisse Tolkien
Aubusson tisse Tolkien

Conversation avec Smaug. 1937, J.R.R. Tolkien pour Le Hobbit.

Aubusson tisse Tolkien
Aubusson tisse Tolkien

Pour ces tapisseries et toutes les autres, les couleurs sont lumineuses et le rendu magnifique.

6 janvier 2026

La petite couturière du Titanic

La petite couturière du Titanic, de Kate Alcott.

Avril 1912. Tess Collins, jeune Anglaise aspirant à percer dans le milieu de la mode, a de la chance. À peine sur le Titanic, elle fait connaissance de Lucy Duff Gorodn, célébrité de la haute couture qui va présenter sa nouvelle collection en Amérique.
Sa femme de chambre lui ayant fait faux bond, ma créatrice de mode décide de prendre Tess à son service. À bord, la jeune femme fait la rencontre de deux hommes. Mais, tandis qu'un triangle amoureux se forme, le paquebot, sans que ses passagers s'en doutent, fonce vers un iceberg...
À New York, Tess intègre l'atelier de lady Lucy. Les talents de modiste de la jeune femme se révèlent bien vite, ses premiers modèles font sensation. Mais son ascension pourrait connaître un coup d'arrêt. Ne se murmure-t-il pas en effet que lady Lucy aurait eu une conduite répréhensible lors du naufrage ?

La petite couturière du Titanic

Des erreurs dans ce résumé : Tess n'est pas modiste mais modéliste. Une modiste fait des chapeaux, une modéliste transcrit en toile ou en patron la création d'un styliste. Ensuite, Tess fait connaissance de lady Lucy à terre à Cherbourg, c'est à la suite de son embauche qu'elle se retrouve sur le Titanic.
Et une erreur dans le roman, je pense une erreur de traduction: Une version en mousseline de sa robe avait montré que l'ensemble fonctionnait, à quelques ajustements près : à l'exception du bâti du corsage qu'elle allait devoir modifier, son patron était au point. La version de test n'est sûrement pas en mousseline, je pense que le mot dans la version anglaise est muslin, qui est de la mousseline mais qui est aussi le tissu qui sert à faire une toile, c'est à dire la version d'essai d'un patron. Dans le contexte c'est la deuxième définition qui aurait dû être choisie. Les passages sur la couture sont assez peu nombreux dans le livre.
Le roman fait la part belle aux faits historiques, beaucoup de personnages ont existé, à commencer par lady Lucy Duff Gordon, Margaret Brown, ainsi que le sénateur Smith à la tête de la commission d'enquête du sénat. Pour le reste, je vous laisse lire et découvrir dans la postface les parties imaginées par Kate Alcott.

19 décembre 2025

Les demoiselles

Les demoiselles, d'Anne-Gaëlle Huon.

J'avais quinze ans quand j'ai pris la route ce matin-là, et une seule idée en tête : rejoindre le Pays Basque, devenir couseuse d'espadrilles, et échapper à mon destin. Jusqu'à ce que je rencontre les Demoiselles. Des femmes fantastiques et mystérieuses vivant au milieu des livres, des jarretières et des coupes de champagne. Qui étaient-elles ? Quel secret cachaient-elles ? Libres et incandescentes, accompagnées d'un majordome plus grand qu'une cathédrale, d'un chauffeur louche et d'un perroquet grivois, les Demoiselles n'auraient jamais dû croiser ma route. Pourtant, ces femmes ont changé ma vie.

Les demoiselles

1923, Rosa quitte Fago en Espagne en entraînant sa sœur Alma, pour devenir couseuse d'espadrilles à Mauléon, comme beaucoup d'autres jeunes filles le faisaient quelques mois par an. On suit ses premiers pas dans l'atelier, ses premières coutures maladroites, les semelles en corde, le tissu à coudre sur la semelle, sous le regard d'un chef d'atelier sévère. Espagnoles et Françaises sont séparées dans l'atelier, mais Rosa apprend le français et se lie d'amitié avec Colette. Et fait la connaissance des fameuses demoiselles qui vont changer sa vie.

22 février 2025

La fille du tailleur

La fille du tailleur, de Janice Graham

Dans l'Angleterre victorienne, une jeune femme défie par amour les règles de la haute société londonnienne, au péril de sa vie. Un grand roman exaltant, qui mêle passion et suspense.
Jeune, audacieuse et talentueuse, Veda Grenfell est la fille du tailleur le plus réputé de Savile Row. Son charme et l'amitié que lui vouent les riches dames de Londres la destinent à un avantageux mariage. Hélas ! À seize ans, une attaque de typhus la laisse sourde, brisant tous ses rêves.
Luttant courageusement contre son infirmité, elle reprend avec succès l'entreprise familiale. Les clients affluent, notamment le très séduisant Harry Breadlabane, de qui Veda tombe très vite amoureuse. Amour impossible, car un vicomte ne saurait épouser une roturière...
Prête à tout afin de quitter son cher atelier pour se faire engager dans la demeure des Breadlabane. Elle ignore que d'inquiétantes rumeurs courent sur cette famille...

La fille du tailleur

L'histoire se passe au milieu du XIXème siècle, au tout début des machines à coudre mais elles n'ont pas encore envahi les ateliers. Tout se fait donc à la main. Le livre décrit bien les différents ateliers, les coupeurs, les couturiers, le salon d'essayage, ainsi que plein de description des différentes tenues à la mode, que ce soit du costume masculin ou féminin. Mais celui qui rédigé le sysnopsis en quatrième de couverture a-t-il réellement lu le livre ? Je ne suis d'accord avec deux points écrits, mais je vous laisse découvrir lesquels en le lisant vous-même.

23 janvier 2025

Silas Marner

Silas Marner, le tisserand de Raveloe, de Goerge Eliot.

Depuis l'installation du tisserand Silas Marner dans la campagne anglaise, près du village de Raveloe, les langues vont bon train. Cet homme solitaire, venu de la ville, au regard étrange, aux transes soudaines, et qui passe ses journées devant un métier à tisser, suscite à la fois méfiance et fascination. 
Chaque soir, Silas Marner s'enferme et contemple avec ravissement le fruit de son travail, des pièces d'or et d'argent. Jusqu'au jour où ce beau trésor se volatilise et où Silas découvre, près de son feu, une fillette aux cheveux d'or...
Tout en portant un regard très réaliste sur l'Angleterre rurale du XIXème siècle qui inspira les débuts de son œuvre, George Eliot, dans ce roman de 1861, écrit un véritable conte moral, où l'on voit un homme cheminer peu à peu vers sa renaissance spirituelle.

Silas Marner

Silas vient du Nord de l'Angleterre, de la ville, mais on ne sait pas laquelle. Il s'est enfui d'une communauté religieuse, dont le fonctionnement rappelle plutôt celui d'une secte, après de fausses accusations. Dans le village de Raveloe, parmi les gens de basse condition, il est le seul qui ait un savoir, de par son métier de tisserand, parmi la population qui vit du travail de la terre et de l'élevage. J'ai juste tiqué sur un détail de traduction, dans l'édition que j'ai lue et qui est en illustration (je ne sais pas si les autres éditions comportent le même point), page 175:
(...) et lorsqu'elle apparut enfin, tout à fait prête, dans sa robe en twill1 de soie argentée, avec son fichu de dentelle, son collier de corail et ses pendants d'oreilles assortis, les demoiselles Gunn ne trouvèrent rien à critiquer, si ce n'est ses mains, qui portaient les traces de la fabrication du beurre, de la pression du fromage, et même de labeurs plus grossiers.
La note dit: Le twill est un tissu à rayures obliques. Twill est le mot anglais pour du sergé, où effectivement on voit des côtes obliques, mais qui ne sont pas des rayures.

16 août 2026

Les tisserands de la Licorne

Les tisserands de la licorne, de Françoise Bourdon.

En 1969, le village de Saint-Blaise se consacre tout entier au tissage du drap. Joséphine, dix-huit ans, refuse d'être enchaînée derrière un métier à tisser comme les femmes de sa famille. En quête d'un autre avenir, elle part pour Sedan, ville en peine expansion. Là, elle tombe amoureuse de Jérôme Desprez, fils des puissants propriétaires de la Licorne, une fabrique de drap vieille de près de deux siècles. Très amoureux, ils souhaitent se marier, même si Jérôme présume que son inflexible mère s'y opposerait. Les deux jeunes gens n'appartiennent-ils pas à deux mondes que tout sépare ? 
Mais la guerre de 1870 bouleverse leurs destins ? Seule face aux Desprez, Joséphine va s'allier à leurs concurrents. Et veut se venger des souffrances qu'ils lui ont infligées...
Un magnifique roman d'amour et de passion pour un métier disparu, le tissage à la main du drap au cœur des Ardennes.

Les tisserands de la Licorne

Joséphine est l'aînée de sa fratrie, et sa mère est morte en couches. Elle quitte surtout un père alcoolique et violent, malgré l'amour de sa tante qui l'élève. Lorsqu'elle arrive à Sedan, Joséphine est embauchée à la fabrique comme nopeuse, c'est à dire qu'elle passe la journée courbée sur les draps de laine qui ont été tissés dans les villages alentour, pour en enlever les nœuds et les grosseurs formés lors des différentes opérations de tissage. Sa rencontre avec le fils du patron (ou plutôt de la patronne) Va tout changer, mais pas forcément avec les péripéties que vous pensez.
Le roman décrit bien la période de la guerre de 1870, notamment la bataille de Bazeilles. Ainsi que la situation des femmes à l'époque, qui avaient très peu de droit, mais savaient gérer des affaires en sous-main.

20 août 2026

Dragons

Tant qu'à être au musée du quai Branly, j'en ai profité pour regarder aussi l'exposition Dragons. J'y ai admiré ces deux habits.

Robe dragon de fonctionnaire impérial, Chine, dynastie Qing (1644-1911), début du XVIIIe siècle. Satin, fils de soie polychromes, fils d'or.
Le décor brodé de cette robe semi-officielle évoque l'harmonie universelle que doit garantir le pouvoir impérial. Des montagnes se dressent au cœur des vagues de l'océan primordial, entrecoupées de bandes à cinq couleurs associées aux éléments naturels (bleu/bois, rouge/feu, jaune/terre, blanc/métal, noir/eau). Des dragons impériaux à cinq griffes survolent le décor parmi les nuages annonciateurs de pluies fertiles.

Dragons
Dragons

Robe de deuil, Chine, fin du XIXe début du XXe siècle. Coton et soie.

Dragons
Dragons
29 novembre 2024

Les plus belles mains de Delhi

Les plus belles mains de Delhi, de Mikael Bergstrand

Göran Borg, la cinquantaine, divorcé, vient de se faire virer. Son ami Erik lui propose de changer d'air et de quitter un temps son Malmö gris et pluvieux pour le suivre dans le voyage organisé qu'il anime en Inde : « L'inde incroyade ! »
Là-bas, il découvre un autre monde. La foule, le bruit, la cuisine épicée, le taux de change de la couronne suédoise : un vrai choc !
Rien de tel pour se remettre qu'une séance de manucure, surtout lorsqu'on tombe sous le charme de Preeti. De petits mensonges en prise de conscience politique, Göran mue.
Les voyages forment la jeunesse, ou comment un éternel adolescent se construit une toute nouvelle vie.

Les plus belles mains de Delhi

J'ai reconnu pas mal de lieux dans ce récit. Déjà en Suède : je suis allée à Malmö en 2000, à l'occasion du congrès de dentelle de Lund. Deux villes citées dans le livre. Le pont entre Copenhague et Malmö était en construction, pour faire la traversée on prenait un bateau directement depuis l'aéroport de Copenhague, dans une salle d'embarquement comme si on prenait l'avion. Ensuite Delhi et ses différents quartiers et marchés. Göran se lie d'amitié à Yogi qui va le guider à travers la ville et la culture indienne. Et l'ambiance, les odeurs, les réflexions de l'auteur, j'ai bien reconnu l'Inde et j'ai souvent rigolé toute seule pendant ma lecture. Deux passages que je souligne :
Yogi prit l'étoffe et tira un fil de soie, avant d'y mettre feu avec son briquet. Le fil se transforma immédiatement en une cendre grise, sans brûler ni fondre, ce qui prouvait qu'il n'y avait aucune trace de polyester dans le tissu.
Assis sur le sol froid, une vingtaine de petits garçons, qui devaient avoir entre six et douze ans, étaient en train de broder des pièces de soie tendues sur de grands cadres en bois. Certains garçons cousaient des paillettes ou des perles.

Cette incursion dans les ateliers textiles est une petite partie de l'histoire de Göran à Delhi, mais a son importance, alors je ne vous en dis pas plus.

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